AL : Bonjour Philippe, et merci de te prêter à la question…

PL : Toujours partant pour raconter des bêtises ^^

AL : Comment aborde-t-on un personnage qui a exercé autant de métiers que toi avant d’être illustrateur, scénariste, musicien et auteur ? Je pensais franchement que ton parcours dans les pompes funèbres était une blague…

PL : Bah non. Assistant funéraire au sortir de l’armée (20 ans), cadre à 25 ans, puis démissionnaire à 30 ans parce qu’il était hors de question que je pousse à la faute – comme on me le demandait – une salariée à qui je n’avais rien à reprocher (la direction voulait la foutre à la porte sans avoir à payer le licenciement et comptait sur moi pour l’y aider…)

AL : Comment en es-tu venu à l’écriture ?

PL : Ça, c’est la faute à Philippe Ward. Après de nombreux échanges via le net et des rencontres sur des salons (nous avons réalisé deux bandes dessinées ensemble quand je n’étais que scribouilleur), il a fini par me sortir : « Toi, tu devrais écrire ». Comme je suis très naïf, je l’ai cru.

AL : Pourquoi le mythe du vampire à la Bram Stoker ?

PL : D’abord pour rendre hommage à Bram Stoker dont le Dracula m’a traumatisé lorsque j’étais jeune, puis pour rappeler aux amateurs de « twilighteries » et autres vampires à l’américaine ce qu’est le mythe de ces vilaines sangsues à la base.

AL : Pourquoi ce virage à partir de Stryges, Moras et Résurrection ? ?

À mon sens, le virage le plus marqué a été réalisé au moment de l’écriture de La Demoiselle de Tonneville[1], puisque j’abandonne l’approche du vampire en tant que « revenant de corps » pour le présenter comme un spectre capable de matérialisations.

Strygesa été l’occasion de faire évoluer une jeune femme de notre époque dans un passé lointain.

Moras est un western fantastique et Résurrection de la SF fantastique, puisque c’est ce qu’on me demandait (toujours Philippe Ward), mais les trois abordent le mythe du vampire sous le même angle. D’ailleurs, Résurrection clôture cette série de romans en faisant référence aux précédents ouvrages à de multiples reprises. C’est, quelque part, une suite de Radu Dracula,de Strygeset de Moras.

AL : À partir de quand as-tu décidé de visiter les lieux maudits et en quoi cela t’apporte-t-il l’inspiration ? Je me souviens de la photo de l’étang proscrit de la demoiselle de Tonneville et de ta photo… Franchement, j’étais impressionnée. Peux-tu nous la publier et nous en dire davantage ?

PL : J’ai cherché à me rendre sur les lieux concernés par mes forfaits dès le début, puisque je me suis rendu au col de Borgo, en Roumanie, afin de pouvoir écrire sur le mythe de Dracula. Ça m’apporte plus que de l’inspiration, ça me permet de m’imprégner de l’atmosphère de l’endroit, ce qui n’est pas rien pour quelqu’un qui est un peu médium sur les bords ^^.

Concernant l’étang Percy, ce lieu est vraiment plus qu’étrange et plutôt dérangeant. Une sorte de jungle abandonnée depuis des siècles, à quelques kilomètres seulement d’une agglomération de cent mille habitants. Ça ressemble à un sanctuaire naturel, en fait, ce qui n’a rien de rassurant quand on sait que c’est précisément à cet endroit que le fantôme de la terrible Demoiselle commettait ses forfaits (il semblerait qu’à présent, elle se contente d’y apparaître par moments).

Pour ce qui est de la photo, je n’ai pu que constater « la chose » en développant cette prise de vue où le flash n’avait pas fonctionné. J’avais la nette impression d’être observé en actionnant mon appareil, au point que je ne me suis guère attardé sur place, et j’ai découvert plus tard ce cliché. Le plus curieux est que je m’y attendais presque. J’avais l’intuition que la vilaine Demoiselle serait peut-être visible sur une des photos, et il y a donc eu celle-là :

Crédit photo : © Philippe Lemaire, 2019

AL : Question traditionnelle pour terminer : vers quels lieux sombres te prépares-tu à nous amener, cette fois ?

PL : Je vais poursuivre mon travail d’approche du « vampire spectral » commencé avec la Demoiselle de Tonneville, car il y a encore beaucoup à écrire sur cette théorie (qui me semble par ailleurs plus crédible que celle du « vampire revenant de corps »).

Si rien ne vient me faire changer d’avis, je vais me diriger vers un nouveau roman post-apocalyptique, car j’aime bien pointer du doigt ce qui ne me plaît pas dans ce monde, et ce type de récit s’y prête particulièrement bien. Ayant déjà écrit deux romans post-apocalyptiques (Moras & Résurrection), il me faut évidemment créer un univers qui ne ressemble en rien à ces précédents forfaits, j’en suis là pour l’instant. J’écris très vite quand toutes les bases du roman sont posées, mais je suis beaucoup moins rapide à construire ces bases.

Merci, Philippe pour cet entretien.

 

Stryges (version revue) : parution le 15 mai 2019 chez Lune-Écarlate (e-book).

 

Moras (version revue) : parution le 15 juin 2019  chez Lune-Écarlate (e-book).

Résurrection (version revue) : parution le 15 juillet 2019 chez Lune-Écarlate (e-book).

La Demoiselle de Tonneville : parution le 31 octobre 2019 chez Lune-Écarlate (e-book).

 

Ndlr : à paraître le 31 octobre chez Lune Écarlate

Add Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :